Les références
Hirose T, Mita T, Fujitani Y, Kawamori R, Watada H.
Glucose monitoring after fruit peeling: pseudohyperglycemia when neglecting hand washing before fingertip blood sampling.
Diabetes Care, mars 2011, 34(3), 596-597. DOI 10.2337/dc10-1705. PMID 21282342.
Hortensius J, Slingerland RJ, Kleefstra N, Logtenberg SJ, Groenier KH, Houweling ST, Bilo HJ.
Self-monitoring of blood glucose: the use of the first or the second drop of blood.
Diabetes Care, mars 2011, 34(3), 556-560. DOI 10.2337/dc10-1694. PMID 21289231.
Type : deux études expérimentales, en conditions contrôlées.
La question posée
Un résidu de sucre sur le doigt fausse-t-il la glycémie capillaire ? Et si oui, que faut-il faire : se laver les mains, désinfecter, ou jeter la première goutte ?
Qui a été étudié
Hirose : des volontaires en bonne santé, avec une tolérance au glucose normale. L’effectif n’est pas détaillé dans l’abrégé.
Hortensius : 123 patients vivant avec un diabète, chacun mesuré dans plusieurs situations, ce qui rend les résultats directement transposables au quotidien d’une famille.
Comment
Hirose : les participants épluchent une orange, un raisin ou un kiwi, puis la glycémie est mesurée au bout du doigt dans trois conditions, sans rien faire, après lavage des mains à l’eau du robinet, ou après passage d’une lingette alcoolisée sur le doigt.
Hortensius : deux gouttes successives sont prélevées dans quatre situations, sans lavage, après contact avec un fruit, après lavage des mains exposées au fruit, et sous différentes pressions exercées autour du doigt. Chaque résultat est comparé à une mesure de contrôle, avec un seuil d’écart fixé à 10 %.
Ce qu’ils ont trouvé
- Le sucre sur la peau fausse la mesure, et fortement. Chez Hirose, après épluchage, les valeurs sans lavage sont « anormalement et significativement élevées ».
- La lingette alcoolisée ne suffit pas. Même en frottant le doigt une fois, et même cinq fois, la valeur reste fausse. Seul le lavage à l’eau rétablit une mesure comparable au contrôle. C’est le résultat le plus contre-intuitif des deux études.
- L’ampleur, chiffrée par Hortensius : après contact avec un fruit, 88 % des participants présentent un écart d’au moins 10 % sur la première goutte, contre 11 % sur la seconde. Sans contact avec un fruit mais sans lavage, ces chiffres tombent à 11 % et 4 %.
- La pression exercée sur le doigt compte aussi, avec des écarts d’au moins 10 % chez 5 à 13 % des participants.
- Recommandation des auteurs : se laver les mains à l’eau et au savon, les sécher, et utiliser la première goutte. Si le lavage est impossible et que les mains ne sont ni sales ni en contact avec un produit sucré, la seconde goutte est acceptable.
À qui s’appliquent ces résultats
- Des adultes : volontaires en bonne santé chez Hirose, patients adultes vivant avec un diabète chez Hortensius.
- La glycémie capillaire uniquement. Un capteur de glucose en continu mesure dans le liquide interstitiel, sous la peau : il n’est pas concerné par ce mécanisme.
- Un écart exprimé en relatif. Le seuil retenu par Hortensius est un écart d’au moins 10 % par rapport à la mesure de contrôle, et non une valeur en g/L.
- Des lecteurs de 2011. Les appareils ont évolué depuis ; le mécanisme en cause, du sucre présent sur la peau qui entre dans l’échantillon, est indépendant du lecteur.
Ce que ça fait avancer
Ces deux travaux ont transformé un geste d’hygiène en geste de mesure. Ils établissent que la désinfection alcoolique ne corrige pas un doigt entré en contact avec du sucre, même répétée cinq fois, et que jeter la première goutte ne remplace pas le lavage : seule l’eau rétablit une valeur comparable au contrôle. Hortensius chiffre l’ampleur du phénomène sur 123 personnes vivant avec un diabète, dans des situations du quotidien. C’est sur cette base que la consigne « laver à l’eau, sécher, première goutte » est passée dans l’éducation thérapeutique, à la place de la lingette alcoolisée jusque-là présentée comme une solution de repli acceptable.
À retenir
Après contact avec un fruit et sans lavage, 88 % des participants présentent un écart d’au moins 10 % sur la première goutte, contre 11 % sur la seconde. La lingette alcoolisée ne corrige pas cet écart, même après cinq passages ; seul le lavage à l’eau rétablit une valeur comparable au contrôle. Consigne des auteurs : laver à l’eau et au savon, sécher, utiliser la première goutte.
Vérifié le 19/09/2026 via l’interface programmatique de PubMed.
