Rhume, gastro, fièvre : quand un enfant DT1 tombe malade, la glycémie fait souvent des siennes. C’est attendu, mais ça se surveille de près. Voici pourquoi ça arrive et les repères pour savoir quand appeler votre équipe soignante.
Pourquoi la maladie fait monter la glycémie
Quand le corps combat une infection, il se met en état d’alerte : il libère des hormones de stress (cortisol, adrénaline, entre autres). Ces hormones ont deux effets qui se cumulent :
- elles poussent le foie à libérer du sucre dans le sang, pour fournir de l’énergie à l’organisme qui se défend ;
- elles rendent le corps temporairement moins sensible à l’insuline, on parle de résistance à l’insuline transitoire : la même dose d’insuline agit moins bien que d’habitude.
Résultat : la glycémie monte, parfois avant même les premiers symptômes visibles de la maladie, et souvent alors que l’enfant mange *moins* que d’habitude. C’est contre-intuitif, mais parfaitement logique : ce n’est pas la nourriture qui fait monter la glycémie ici, ce sont les hormones. Autrement dit, une glycémie qui grimpe pendant un rhume ou une grippe n’est ni une erreur de votre part, ni un signe que « le traitement ne marche plus », c’est la réaction normale d’un corps malade.
Le paradoxe de la gastro : attention aussi aux hypos
La maladie ne fait pas que monter la glycémie. La gastro-entérite est le cas particulier à connaître : entre les vomissements et le refus de manger, les apports en sucre chutent, et la glycémie peut alors descendre, avec un risque d’hypoglycémie qui s’ajoute au tableau.
Une gastro chez un enfant DT1 demande donc une double vigilance : surveiller les montées *et* les descentes, et garder un œil sur les cétones (voir ci-dessous). C’est aussi l’une des situations où l’on appelle votre équipe soignante le plus volontiers : si l’enfant vomit tout ce qu’il prend et qu’un resucrage devient impossible, il ne faut pas rester seul face à la situation.
Les jours de maladie (« sick days ») : les grands principes
Les équipes de diabétologie remettent généralement un protocole « jours de maladie » (les recommandations internationales parlent de *sick day management*). C’est lui qui fait référence pour votre enfant. Si vous n’en avez pas, demandez-le par écrit à votre prochaine consultation : la checklist du jour de maladie liste les questions à poser. Les grands principes, communs à tous les protocoles :
- Surveiller plus souvent : glycémie contrôlée à un rythme rapproché, jour et nuit si nécessaire, car tout bouge plus vite quand l’enfant est malade.
- Ne jamais arrêter l’insuline de soi-même, même si l’enfant ne mange pas. C’est LE message de sécurité des jours de maladie (voir encadré).
- Surveiller les cétones : quand la glycémie reste élevée de façon persistante, ou dès que l’enfant présente des symptômes comme nausées ou vomissements, on mesure les cétones selon le protocole de votre équipe soignante. Les seuils et les corrections à apporter sont définis dans votre protocole personnalisé, c’est lui, et lui seul, qui indique quoi faire des résultats. Un point particulier si votre enfant est sous pompe : une hyperglycémie avec cétones doit aussi faire suspecter un problème de matériel (cathéter bouché ou arraché). Le protocole prévoit alors souvent une injection de correction au stylo et le changement du cathéter, sans attendre.
- Hydrater : faire boire l’enfant régulièrement, en petites quantités si besoin. Le type de boisson compte : plutôt de l’eau ou des boissons non sucrées si la glycémie est haute, plutôt des boissons sucrées si la glycémie est basse (gastro, refus de manger). Référez-vous au protocole de votre équipe pour savoir quoi donner selon la situation.
Urgence
On n’arrête JAMAIS l’insuline d’un enfant DT1, même s’il ne mange pas, même s’il vomit, sauf instruction explicite de votre équipe soignante. Le corps a besoin d’insuline en permanence, y compris à jeun ; l’arrêter expose à l’acidocétose, une complication grave. En cas de doute sur les doses un jour de maladie, appelez votre équipe : c’est exactement pour cela qu’elle est joignable.
Les signaux qui imposent d’appeler
La plupart des maladies de l’enfance se gèrent à la maison avec le protocole. Mais certains signes doivent déclencher un appel sans attendre à votre médecin endocrinologue ou pédiatre endocrinologue, ou au 15 si l’état de l’enfant est inquiétant :
- vomissements répétés, surtout si l’enfant ne garde ni liquide ni sucre ;
- cétones élevées selon les repères de votre protocole, ou qui ne baissent pas malgré la conduite prévue ;
- douleurs abdominales, surtout associées à des nausées ;
- respiration ample et rapide, haleine à l’odeur inhabituelle (fruitée, « pomme »), signes possibles d’acidocétose.
Urgence
Si votre enfant est somnolent, difficile à réveiller ou perd connaissance, n’attendez pas et n’appelez pas d’abord votre médecin endocrinologue ou pédiatre endocrinologue : appelez immédiatement le 15 (ou le 112), placez l’enfant en position latérale de sécurité (PLS) et administrez le glucagon si vous y avez été formé. Ne donnez rien par la bouche à un enfant qui n’est pas pleinement conscient.
Ne restez jamais avec un doute : appeler « pour rien » fait partie du jeu, et aucune équipe ne vous le reprochera. Pour aller plus loin : nos articles « Mesurer les cétones », « L’acidocétose » et « Quand appeler le 15 ».
En pratique : anticiper les jours de maladie
- Préparez une trousse « jours de maladie » avant d’en avoir besoin : de quoi mesurer les cétones (avec des consommables non périmés), du sucre rapide, des boissons adaptées, le protocole de votre endocrinologue imprimé, les numéros utiles, et le kit de glucagon dont vous vérifierez la date de péremption (important, notamment en cas de gastro). On y pense difficilement à 3 h du matin avec un enfant fiévreux.
- Prévenez l’école au retour : après plusieurs jours de maladie, les glycémies peuvent rester capricieuses quelque temps. Un mot à l’enseignant (« il a été malade, surveillez un peu plus les signes d’hypo ») suffit.
- Médicaments et glycémie : certains médicaments courants peuvent influencer la glycémie ou contenir du sucre. Le bon réflexe : poser la question à votre médecin ou à votre pharmacien au moment de la prescription ou de l’achat, en rappelant que votre enfant a un DT1. Eux seuls peuvent vous dire ce qui convient à votre enfant.
À retenir
Maladie = hormones de stress = glycémie qui monte : c’est attendu. Gastro = risque d’hypo en plus. Les quatre règles d’or : surveiller plus souvent, ne jamais arrêter l’insuline sans avis, surveiller les cétones selon le protocole, hydrater avec la boisson adaptée à la glycémie. Vomissements répétés, cétones élevées, douleurs abdominales : on appelle votre endocrinologue. Somnolence, enfant difficile à réveiller ou perte de connaissance : on appelle directement le 15.
Pour passer de la compréhension à l’action, la marche à suivre est réunie dans la checklist du jour de maladie, avec un cadre à remplir avec votre équipe.
FAQ
Faut-il arrêter l’insuline si mon enfant ne mange pas ?
Non, jamais de votre propre initiative. Le corps a besoin d’insuline en continu, même à jeun, et l’arrêter expose à l’acidocétose, une complication grave. Les doses peuvent en revanche devoir être ajustées quand l’enfant mange peu : c’est votre équipe soignante qui vous guide, appelez-la en cas de doute.
À partir de quand appeler le médecin ?
Appelez votre équipe soignante sans attendre en cas de vomissements répétés, de cétones élevées selon votre protocole, de somnolence inhabituelle ou de douleurs abdominales. Si l’état de conscience de votre enfant vous inquiète, appelez directement le 15. Et de façon générale : au moindre doute pendant une maladie, un appel vaut toujours mieux qu’une nuit d’inquiétude.
La fièvre fait-elle monter la glycémie ?
Oui, le plus souvent : la fièvre s’accompagne d’une libération d’hormones de stress qui font monter la glycémie et réduisent temporairement l’efficacité de l’insuline. C’est pourquoi les jours de fièvre demandent une surveillance rapprochée de la glycémie et des cétones, selon le protocole « jours de maladie » de votre équipe.