Hypoglycémie & urgences

Cétones chez l’enfant DT1 : quand les mesurer et que faire des résultats

Les cétones, c'est le signal d'alerte du corps quand il manque d'insuline. Savoir quand les mesurer, et quoi faire du résultat, fait partie des gestes qui

Par Iness Mis à jour le 15 septembre 2026 8 min de lecture

Les cétones, c’est le signal d’alerte du corps quand il manque d’insuline. Savoir quand les mesurer, et quoi faire du résultat, fait partie des gestes qui protègent votre enfant de l’acidocétose. Vous trouverez ici les repères généraux ; le protocole remis par votre médecin endocrinologue ou pédiatre endocrinologue reste, lui, la référence à suivre.

C’est quoi, les cétones ?

Pour fonctionner, les cellules de votre enfant ont besoin de glucose, et pour faire entrer ce glucose dans les cellules, il faut de l’insuline. Quand l’insuline manque, le corps se retrouve dans une situation paradoxale : il y a du sucre dans le sang, mais les cellules n’y ont pas accès. Elles ont « faim ».

Le corps bascule alors sur son plan B : il brûle des graisses pour produire de l’énergie. Cette combustion des graisses libère des déchets acides, les corps cétoniques (ou cétones). En petite quantité, ils ne posent pas de problème. Mais s’ils s’accumulent, ils acidifient le sang : c’est le chemin qui mène à l’acidocétose, une complication sérieuse qui nécessite une prise en charge médicale.

La bonne nouvelle : les cétones se mesurent facilement, à la maison, en quelques secondes. C’est précisément ce qui permet d’agir tôt, bien avant que la situation ne devienne dangereuse.

À retenir

Cétones = signal que le corps manque d’insuline et brûle des graisses. Mesurées tôt, elles permettent d’agir avant l’acidocétose. C’est un outil de prévention, pas un motif de panique.

Quand mesurer les cétones

Votre endocrinologue vous a probablement remis un protocole précisant à partir de quelle glycémie, et dans quelles situations, mesurer les cétones chez votre enfant. Ce protocole personnalisé prime toujours sur les repères généraux ci-dessous.

De façon générale, on mesure les cétones quand :

  • La glycémie reste élevée malgré l’insuline, en particulier si elle ne redescend pas après une correction, ou si elle est élevée de façon persistante (le seuil exact figure dans votre protocole) ;
  • Votre enfant est malade : fièvre, gastro-entérite, infection… même si la glycémie semble correcte, la maladie est un grand pourvoyeur de cétones ;
  • Votre enfant vomit, quelle que soit la glycémie ;
  • Vous observez des symptômes inhabituels : nausées, douleurs au ventre, grande fatigue, soif intense, haleine à l’odeur fruitée ;
  • La pompe semble ne plus délivrer (cathéter arraché, occlusion, site douteux) : sans insuline lente en réserve, les cétones peuvent monter en quelques heures.

Information

Notez dans votre protocole ou sur votre frigo : « glycémie haute qui ne descend pas OU enfant malade OU vomissements = je mesure les cétones ». Ce réflexe simple couvre l’immense majorité des situations.

Comment mesurer : sang ou urines ?

Il existe deux façons de mesurer les cétones :

Dans le sang (au bout du doigt)

Certains lecteurs de glycémie mesurent aussi les cétones, avec des bandelettes spécifiques. Ils dosent le bêta-hydroxybutyrate, le principal corps cétonique. C’est la méthode recommandée en priorité par les référentiels internationaux (ISPAD), car elle reflète la situation en temps réel et permet de suivre l’évolution après chaque action.

Dans les urines (bandelettes urinaires)

Les bandelettes urinaires changent de couleur en présence de cétones. Elles sont simples et peu coûteuses, mais reflètent la situation avec un décalage de plusieurs heures : les cétones urinaires peuvent rester positives alors que la situation s’améliore déjà, ou apparaître tardivement. Chez un petit enfant qui porte des couches, le recueil peut aussi être plus compliqué.

Les deux existent, mais elles ne se valent pas : la mesure sanguine est celle que les référentiels recommandent, et l’AJD ne recommande plus la recherche urinaire, dont la présence est tardive et persistante. Si vous n’avez que des bandelettes urinaires à la maison, elles dépannent, mais parlez-en à votre prochaine consultation pour obtenir un lecteur de cétonémie : les bandelettes de cétonémie sont remboursées pour les enfants, et c’est un équipement de sécurité de base.

Interpréter le résultat

Les valeurs précises qui doivent déclencher telle ou telle action sont définies par votre équipe, pour votre enfant, nous ne les donnons volontairement pas ici, car elles varient selon l’âge, le traitement et le contexte. La logique générale, en revanche, est toujours la même :

  • Cétones négatives ou traces : tout va bien de ce côté-là. On continue à surveiller la glycémie et à traiter la cause (maladie, hyperglycémie).
  • Cétones modérées : le corps manque d’insuline. C’est le moment d’appliquer le protocole « jours de maladie » de votre équipe (insuline supplémentaire selon leurs consignes, hydratation adaptée, plutôt de l’eau ou des boissons sans sucre en cas d’hyperglycémie, contrôles rapprochés) et de les appeler si la situation ne s’améliore pas.
  • Cétones élevées : il faut agir sans attendre et contacter votre équipe soignante, ou le 15 si des signes d’acidocétose sont présents (voir ci-dessous).

Point de vigilance

Ne corrigez jamais des cétones « au jugé » : la conduite à tenir (quantité d’insuline, rythme des contrôles, hydratation) est définie par le protocole de votre endocrinologue. En cas de doute, appelez-les : c’est exactement leur rôle.

Cétones élevées : agir, et savoir reconnaître l’acidocétose

Des cétones élevées ne signifient pas que votre enfant est en acidocétose, mais c’est le signal qu’il faut agir vite pour l’éviter. Concrètement :

  1. Appliquez le protocole remis par votre équipe (insuline, hydratation, contrôles rapprochés de la glycémie et des cétones).
  2. Appelez votre équipe soignante si les cétones restent élevées, si la glycémie ne descend pas, ou simplement si vous avez un doute.
  3. Surveillez les signes d’acidocétose installée : respiration ample et rapide, haleine à l’odeur de pomme ou de dissolvant, douleurs abdominales, vomissements, somnolence inhabituelle.

Urgence

Si votre enfant vomit de façon répétée, respire de façon anormalement ample et rapide, est très somnolent ou difficile à réveiller : appelez le 15 (ou le 112) sans attendre, en précisant qu’il a un diabète de type 1. Ne cherchez pas à confirmer le diagnostic vous-même, c’est le rôle du médecin régulateur. S’il devient somnolent au point de ne plus réagir normalement, ou s’il perd connaissance : ne lui donnez rien par la bouche (ni aliment, ni boisson, ni sucre, risque de fausse route), placez-le en position latérale de sécurité (PLS) pour protéger sa respiration, et appelez immédiatement le 15.

Pour aller plus loin, consultez notre page dédiée à l’acidocétose et notre article « Quand appeler le 15 ».

Pour passer de la compréhension à l’action, la marche à suivre est réunie dans la checklist du jour de maladie, avec un cadre à remplir avec votre équipe.

FAQ

Quand faut-il mesurer les cétones ?

On mesure les cétones quand la glycémie reste élevée malgré l’insuline, quand l’enfant est malade (fièvre, gastro, infection), quand il vomit, ou quand la pompe semble ne plus délivrer. Le protocole de votre endocrinologue précise les seuils exacts qui doivent déclencher la mesure chez votre enfant.

Cétones dans le sang ou dans les urines ?

Les deux méthodes existent. La mesure sanguine (bêta-hydroxybutyrate) est la méthode recommandée en priorité par les référentiels internationaux, car elle reflète la situation en temps réel. L’AJD ne recommande plus la recherche urinaire, dont la présence est tardive et persistante ; les bandelettes urinaires dépannent si c’est tout ce que vous avez. Les bandelettes de cétonémie sont remboursées pour les enfants : parlez-en à votre équipe.

Mon enfant a des cétones mais une glycémie normale, c’est possible ?

Oui. Quand un enfant mange peu (jeûne, gastro, dégoût alimentaire), le corps peut produire des « cétones de jeûne », avec une glycémie normale voire basse. La conduite à tenir est différente de celle des cétones avec hyperglycémie. Attention : ne suspendez jamais totalement l’insuline de votre enfant, en particulier l’insuline de fond (basale/lente), même s’il ne mange pas. Le corps en a besoin en permanence, et l’arrêter expose à l’acidocétose. Dans cette situation, l’enfant a souvent besoin d’un apport de sucre (boisson sucrée) pour pouvoir recevoir son insuline : contactez votre équipe soignante pour savoir précisément quoi faire dans ce cas.

L'auteure

Iness
Fondatrice de GlyDaily

Iness AL. est fondatrice de GlyDaily. Elle crée des ressources pédagogiques pour accompagner les parents d'enfants vivant avec un diabète de type 1.

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